L’empathie sur les médias sociaux : existe-t-elle vraiment?

L’empathie sur les médias sociaux : existe-t-elle?

Sommes-nous en train de devenir moins empathiques? Avouons que, lorsqu’on jette un coup d’œil à certains échanges sur les médias sociaux, il est facile de le penser. Le phénomène du trolling, c’est-à-dire l’acte de semer la pagaille en ligne pour le plaisir de le faire, bat son plein partout dans les conversations virtuelles. Par ailleurs, selon une étude menée par Erin Buckels de l’Université du Manitoba, cette pratique est fortement associée à des traits de personnalités peu rassurants, tels que le machiavélisme, la psychopathie et le sadisme. Est-ce que ces tendances seraient encouragées par notre utilisation constante des médias sociaux, aux dépens de l’empathie?

Selon deux autres études – soit celle menée par Dr Tracy Alloway de l’Université de la Floride du Nord et celle conduite par Larry D. Rosen de l’Université California State – cette conclusion serait quelque peu déterministe. En effet, leurs recherches leur ont permis de découvrir qu’en général, les gens qui sont méchants hors ligne le sont aussi en ligne, et que les gens qui ne sont pas centrés sur eux-mêmes hors ligne ne le deviennent pas soudainement lorsqu’ils sont en ligne. Les médias sociaux ne seraient donc qu’un outil qu’emploient les internautes pour exprimer une tendance déjà existante chez eux.

Or, si les médias sociaux jouent un rôle d’outil qui permet aux utilisateurs d’exprimer ce qu’ils veulent, alors ne peut-on pas déduire qu’il peuvent s’en servir pour faire preuve d’autre chose que de méchanceté? D’empathie, par exemple?

Heureusement, certains exemples nous permettent d’affirmer que oui. Amoolya Rajappa, journaliste à l’Indian Express, rapporte que lors de l’inondation de Chennai en 2015, les médias sociaux ont été employés à de multiples fins empathiques : pour disséminer les numéros de téléphone d’urgence, pour trouver des gens séparés de leur famille, pour indiquer aux sinistrés où se trouvent les endroits sécuritaires, par exemple. Il raconte également que les histoires de gens résistants ont été partagées, comme celle de cette laitière qui n’a jamais laissé les eaux montantes l’empêcher de remplir ses fonctions.

Courtney Seiter, chroniqueuse pour Marketing Land, fait écho aux observations de Rajappa. Elle soutient que les internautes utilisent les médias sociaux pour trouver des gens qui partagent les sentiments, qui vivent les mêmes expériences qu’eux-mêmes. Ce faisant, ils réussissent à prendre part à une expérience commune. Elle cite en exemple la viralité pratiquement instantanée du mot-clic #26acts suivant le massacre de Newton, qui accompagnait les promesses d’internautes s’étant engagés à poser 26 gestes pour honorer la mémoire des victimes.

Pour sa part, Lloyd Rang, chroniqueur pour le Christian Courrier, va un peu plus loin. D’abord, il a constaté que 60 % des républicains âgés de 29 ans et moins sont en faveur du mariage gai, contrairement à leurs homologues de 30 ans et plus. Après s’être interrogé sur le pourquoi de cette tendance, il affirme qu’elle serait peut-être due aux médias sociaux. En effet, non seulement croit-il que l’empathie est possible sur ces derniers, mais, à son avis, ils iraient même jusqu’à l’encourager :

De nos jours, même si vous venez du fin fond des bois ou d’une ville hyper chrétienne et hyper blanche au milieu des marais de la Louisiane, vous avez probablement des amis musulmans ou gais dans vos cercles d’amis Facebook. Vous avez la chance de voir à quoi ressemble leur quotidien. Vous êtes témoin de leurs joies et de leurs peines. Et lentement mais sûrement, au lieu de vous concentrer sur ce qui vous sépare d’eux, vous commencez à voir ce que vous avez en commun.

Il s’agit là d’une perspective encourageante. De plus, elle est corroborée par une réalité qui a découlé de l’arrivée des marques sur les médias sociaux : l’existence d’un genre de code d’éthique de l’empathie. À titre d’exemple, Erica McGillivray, blogueuse pour l’entreprise de marketing en ligne Moz, explique qu’elle et son équipe cherchent à rendre leurs interventions les plus humaines possible lorsque des tragédies surviennent. « Les marques et les communautés sont constituées de personnes. Agir comme une personne lors de ces tragédies est la manière la plus concrète d’humaniser une marque. »

Ainsi, elle suggère d’adopter certains comportements sur les médias sociaux lorsque l’heure est grave :

  • Mettre ses médias sociaux sur pause, en expliquant pourquoi ou non;
  • Cesser de publier des annonces sur ces mêmes réseaux sociaux

…ainsi que d’éviter certains gestes dans ces fâcheux contextes :

  • Chercher à tirer profit de la tragédie;
  • Employer un mot-clic qui est populaire à cause de la tragédie à des fins promotionnelles (comme une boutique vendant une robe nommée « Aurora » l’a malencontreusement fait au lendemain de la tuerie dans la ville du même nom);
  • Limiter son discours à des nouvelles de sa propre industrie, qui paraissent alors complètement triviales vu les circonstances.

En conclusion, l’empathie ne semble pas complètement absente des médias sociaux; même que ces derniers détiennent le potentiel de l’encourager. Cela revient donc à dire qu’il est du ressort des utilisateurs d’employer leurs comptes à des fins judicieuses. Il reste à voir si, entre deux échanges musclés sur Twitter ou Facebook, nous en serons capables.
– Traductions libres des citations.

Chris Mooney. Internet Trolls Really Are Horrible People. Slate. 14 février 2014.

Courtney Seiter. Our Challenge For 2013: Empathetic Social Media. Marketing Land. 21 décembre 2012.

Équipe de Communilogue. We Suck at Being Empathetic on Social Media. Here’s How to Use That to Your Advantage. Communilogue. 13 janvier 2016.

Erica McGillivray. How to Build an Empathetic Social Media Strategy for Times of Tragedy. Moz Blog. 13 janvier 2016.

Paula Newton. How Social Media Reflects The levels Of Narcissism and Empathy in Society. Intelligent HQ. 18 octobre 2014.

Sarah Konrath. Is Declining Empathy Technology’s Fault? The New York Times. 23 septembre 2013.

Teddy Wayne. Found on Facebook: Empathy. The New York Times. 9 octobre 2015.

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