Votre agence est-elle un simple incubateur de talent aux yeux des gros joueurs du milieu?

Pendant les Fêtes, j’ai lu une réflexion de Maurice Rinaldi à propos du mouvement des travailleurs des agences-boutiques vers les grosses entreprises de notre milieu (veuillez noter que j’utilise le mot « boutique », car l’expression « petite agence » est souvent employée de manière péjorative par certaines personnes et rime avec « pensez petit » pour plusieurs). Cette pensée s’inscrivait dans un long message qui traitait de toutes sortes de sujets, mais cette partie a touché une corde sensible chez moi.

Permettez-moi d’offrir mon point de vue sur la question.

Maurice soulève des points tout à fait valables et ses observations s’avèrent pertinentes. Il soutient clairement que ce phénomène d’exode concerne surtout les fameux milléniaux (qui sont à l’origine de tous les fléaux selon de nombreux employeurs). Là-dessus, il a parfaitement raison, et cela est vrai pour toutes sortes d’entreprises de tous les milieux, pas seulement les agences de publicité.

Par contre, il existe une autre tendance qui saute probablement moins aux yeux : bon nombre de créatifs d’expérience quittent les grosses agences pour se joindre à des agences-boutiques. Là, je parle des créatifs qui évoluent ici au Québec. Peut-être ai-je tort lorsqu’il s’agit du reste du pays. Cependant, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas les seuls à vivre cela. Lorsque je jette un coup d’œil aux agences montréalaises, je vois des professionnels chevronnés à la tête de petites organisations. Des gens avec des décennies d’expérience derrière la cravate qui disent « Ciao! » aux grosses machines publicitaires et se tournent vers des structures plus épurées.

Il y a de nombreuses raisons qui expliquent cela, mais voici les plus communes et les plus valables.

Ce n’est pas une question d’argent.

C’est vrai, lorsqu’on en est encore au début de sa carrière, changer d’agence constitue une manière sûre de faire gonfler son salaire. Par contre, arrivé à un certain niveau, on atteint un plateau salarial qui ne peut pas être vraiment rehaussé par une migration vers d’autres ailleurs. La hausse classique de 10 000 ou 20 000 dollars suivant un changement d’entreprise ne s’applique plus, puisque vous avez atteint votre vitesse de croisière en ce qui a trait à vos aptitudes et ces dernières correspondent à un salaire relativement stable.

Ce n’est pas une question de comptes (jusqu’à un certain point).

À un certain degré d’ancienneté, vous avez eu votre chance de travailler pour les plus gros annonceurs. Très vite, vous réalisez que peu de gens parviennent à effectuer du vrai bon travail original pour ces clients, car ils sont souvent enchaînés à des plans de campagne sortis tout droit d’un gratte-ciel à New York, Chicago ou Paris. À l’inverse, les clients plus petits leur donnent généralement une plus grande liberté créative et sont souvent plus enclins à saisir une opportunité lorsqu’elle se présente (un exemple qui me vient en tête est l’annonce “Brad est célibataire” de la compagnie aérienne Norwegian Air lorsque Brad et Angelina se sont séparés).

Ce n’est pas une question de glamour.

Au bout d’un moment, vous avez tout fait. Les partys, les remises de prix, les belles rencontres, les réveils à Tijuana avec un nouveau tatouage et aucun souvenir de la semaine qui vient de passer. Vous arrivez à un stade où ce qui vous intéresse est de produire du bon travail, aider les gens à s’améliorer dans leurs fonctions et jouer les mentors auprès des plus jeunes. Les grosses agences soustraient parfois le facteur humain de l’équation, en vue de pousser leurs équipes à effectuer plus de travail, mais il s’agit généralement de travail qui est peu satisfaisant et « dans la moyenne », dans les meilleurs cas. D’où le désir de migrer vers des agences-boutiques.

Beaucoup de créatifs d’expérience reviennent vers des structures plus légères, plus simples. Ils arrivent avec toutes les connaissances qu’ils ont acquises dans les grosses boîtes et les mettent à profit pour le bien de leur nouvelle agence. Ils traînent aussi avec eux une liste de fournisseurs fiables avec qui ils ont déjà travaillé et qui peuvent les aider après un simple coup de fil. Ils ont d’excellents contacts dans l’industrie, ce qui risque de servir lorsque viendra le temps d’engager du personnel. Et vous pouvez être certains qu’ils sont en mesure de composer avec les clients difficiles. De plus, ils tendent à aimer la proximité avec le client, un avantage propre aux petites structures.

Alors, oui, les grosses boîtes vous volent vos plus jeunes talents. Ce phénomène se poursuivra, quoi qu’il arrive. Mais de votre côté, vous pouvez leur voler leurs créatifs d’expérience. Je vous le dis : ceux-ci n’attendent que votre appel.

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