Chant lexical : quand les « si » aiment les « rais »

Chronique linguisique - chant lexical

Ça y est, on ouvre le bal : première chronique linguistique signée Rinaldi! Une fois par mois, nous discuterons d’une erreur communément commise dans notre milieu. Une erreur d’usage, une formulation syntaxique s’avérant problématique, un calque de l’anglais… Nous éplucherons toutes sortes de petites fautes, dans une optique d’échange sur cet idiome délicieusement complexe qui est le nôtre.

Avant tout, mettons les choses au clair : nous ne prétendons pas être des sommités de la langue française. Nous sommes seulement animés par une passion à son égard et c’est ce qui motive notre démarche. Évidemment, vos réactions sont les bienvenues. Allez, c’est parti!

Les « si » ne mangent pas tous les « rais »

Récemment, dans une de ses chroniques dans La Presse+, le journaliste Patrick Lagacé a commis un impair linguistique assez légendaire :

si-rait

Du moins, il croyait avoir été fautif. Les « si » mangent les « rait », M. Lagacé! Cependant, coup de théâtre! Lorsqu’il a publié un erratum plein d’humilité sur sa page Facebook, une linguiste est apparue pour le rassurer : sa formulation ne comporte aucune erreur. Elle s’est expliquée ainsi :

thierry

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce donc vrai? Les « si » et les « rait » peuvent-ils cohabiter dans une même proposition? Contre toute attente, il semblerait que oui!

En effet, comme l’Office québécois de la langue française l’explique, le conditionnel est habituellement employé pour exprimer une probabilité, quelque chose de possible, d’hypothétique. D’un côté, une proposition subordonnée commençant par « si », qui introduit une condition, généralement avec un verbe à l’imparfait :

Si je me faisais plus confiance…

De l’autre, une proposition principale, qui introduit la conséquence potentielle, c’est-à-dire ce qui risque de se produire si la condition est satisfaite :

…je chanterais sur scène.

Si la condition est amenée par un verbe à l’imparfait, la conséquence doit être amenée par un verbe au conditionnel présent. Lorsqu’on emploie cette forme, l’erreur la plus commune est de mettre les deux – la condition et la conséquence – au conditionnel :

Si je me ferais plus confiance, je chanterais sur scène.

Cependant, le conditionnel peut être employé pour exprimer autre chose que l’hypothétique. On peut aussi s’en servir pour introduire une interrogation indirecte ou une concession. Dans ces cas, il peut suivre le « si » sans qu’il y ait de faute.

Il voulait savoir si je me ferais assez confiance pour chanter sur scène.

(interrogation indirecte)

Si je me ferais assez confiance pour chanter sur scène, cela me rendrait quand même très nerveuse.

(concession)

L’instinct de Lagacé ne l’a donc pas trahi lorsqu’il a écrit cette phrase. Certains « rait » sont bel et bien épargnés par les grands méchants « si ». Bon, je vous laisse, il faut que j’aille rabrouer quelques anciens profs de français. Juste un peu.

(Pour voir ce fameux échange Facebook entre Lagacé et ses lecteurs, c’est ici.)

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